Le Miracle Béninois : Une Démocratie sans Opposition, c'est tellement plus Reposant

Le mystère de la calculatrice en panne et l’attente insoutenable

Mesdames, messieurs, bonsoir. Bienvenue dans ce monde merveilleux où l’on vote, et après… on attend. On commence ce journal de l’absurde avec nos amis de La Nouvelle Tribune, qui s’inquiètent terriblement. Cela fait plus de deux semaines que les Béninois ont voté pour leurs conseillers communaux, et les résultats sont portés disparus. Oui, vous avez bien entendu. Pour les législatives, c’est plié, emballé, pesé, mais pour les communales, la CENA (Commission électorale) joue à cache-cache.

Selon La Nouvelle Tribune, à Cotonou et Porto-Novo, les citoyens commencent à s’impatienter, probablement parce qu’ils aimeraient savoir qui va ramasser les poubelles pour les cinq prochaines années. C’est ce qu’on appelle un "enjeu démocratique majeur", ou peut-être juste une panne de toner dans l’imprimante officielle. Bref, le suspense est à son comble, on se croirait dans une série Netflix, sauf qu'à la fin, on sait déjà que c'est le patron qui gagne.

Le Parlement monocolore : une décoration d'intérieur très tendance

Transition toute trouvée vers le grand ménage de printemps, en plein mois de janvier. Africa Radio nous annonce, avec une émotion contenue, que l’opposition a réussi l’exploit de devenir totalement invisible. Pfiou ! Disparue ! C’est magique. Grâce à une règle mathématique fascinante appelée le "seuil des 20 %", les partis du Président Talon, l’UP-R et le Bloc Républicain, ont raflé 100 % des sièges.

Oui, vous avez bien lu, 109 sièges sur 109. C’est ce qu’on appelle le sens du partage. Le parti Les Démocrates, avec ses pauvres 16 %, reste à la porte. Africa Radio note que c’était le seul scrutin ouvert à l’opposition, et hop, fermé à double tour. C’est propre, c’est net, c’est du travail de pro. Comme le rappelle AfricActu, on se dirige vers une Assemblée "monocolore". C’est plus joli pour la déco, ça évite les fautes de goût et surtout, les débats contradictoires qui font perdre du temps avant l'apéro.

L'auto-congratulation : un sport national

Mais attention, ne croyez pas que c’est une dictature, non, non, non. C’est de la "maturité". C’est La Nouvelle Tribune qui nous rapporte les propos lunaires du porte-parole du gouvernement, Monsieur Houngbédji. Selon lui, tout s’est passé dans la "paix et la quiétude". Évidemment qu'il y a la paix, il n'y a plus personne pour se battre !

Monsieur Houngbédji admet, du bout des lèvres, que 40 % de participation, c’est "modéré", mais il affirme que le peuple a donné "carte blanche". C’est formidable. Quand 60 % des gens restent chez eux, le gouvernement entend : "Vas-y Patrice, fonce, on te regarde à la télé !". Pour le gouvernement, c’est une "clarification nette". C’est sûr qu’entre ceux qui ont tout et ceux qui n’ont rien, la situation est limpide.

Les visionnaires et les prophètes du désert

Pendant ce temps, chez allAfrica.fr, on applaudit des deux mains la fin des "partis-boutiques". Oui, fini l’épicerie politique, place aux hypermarchés de la mouvance ! L’article, d’un cynisme délicieux, nous explique que les électeurs ont "plébiscité la clarté" en réélisant les six députés qui ont trahi l’opposition pour rejoindre le pouvoir juste avant le vote. C’est beau comme du Machiavel : la trahison est devenue une preuve de "réalisme institutionnel".

Et l’opposition dans tout ça ? Eh bien, on retrouve Daniel Edah sur Benin Web TV, qui nous fait un grand numéro de coaching motivationnel. Depuis sa maison à Pahou, il déclare : "Rien n’est perdu" et "Il fera beau". Il n’a aucun siège, son parti est au tapis, mais il lance un site internet pour "la réorganisation". C’est touchant. Il nous parle de "crainte de Dieu" et de "famille traditionnelle" pour consoler ceux qui n’auront plus de députés pour les sept prochaines années. Merci Daniel, avec ça, on est sauvés.

En route vers 2026 : Le boulevard Wadagni

Pour finir en beauté, allAfrica.fr nous spoile déjà la fin du film. Tout ce théâtre, c’est pour préparer le tapis rouge au dauphin, Romuald Wadagni. Avec une Assemblée qui ressemble à une chambre d’enregistrement, le Président Talon peut partir tranquille. Afrimag appelle cela la "professionnalisation" du système. C'est vrai que c'est très professionnel d'éliminer la concurrence avant même que la course ne commence.

En résumé, comme le dit si bien La Nouvelle Tribune : Yayi Boni devrait se reposer, car il faut "un cynique" pour relever le niveau. Voilà, le Bénin est stable, calme, et surtout, très, très silencieux. À vous les studios !