Le miracle du "C’est pas moi, c’est eux"
Mesdames, messieurs, bonsoir. Vous pensiez que la politique ivoirienne était une tragédie ? Erreur, c’est une comédie de boulevard, et le premier rôle est toujours tenu par le même acteur depuis quarante ans. Nous apprenons, grâce au suspense insoutenable maintenu par Agence Afrique, que Laurent Gbagbo, qui avait juré ses grands dieux vouloir aller planter des choux et écrire ses mémoires, a été victime d'une embuscade affectueuse. Figurez-vous que le Comité central de son parti, le PPA-CI, s'est réuni ce samedi et a décidé, sans doute sous la menace d'une arme invisible, que le "Woody" ne pouvait pas partir. C'est terrible, il avait ses valises prêtes, son stylo pour écrire ses mémoires, et paf ! La "base" lui tombe dessus pour lui dire : « Reste, patron, y'a que toi ».
Et que fait Laurent ? Il accepte, bien sûr ! En grand démocrate contraint et forcé, il a accepté de « surseoir à sa décision de se retirer ». C'est beau comme de l'antique : l'homme qui voulait partir mais que le destin, sous la forme d'un communiqué de presse lu par Agence Afrique, retient par la manche,. C'est ce qu'on appelle un sacrifice... ou un plan com' magistralement huilé.
La parole donnée, ce concept flexible
Évidemment, les rabat-joie de FratMat — toujours là pour gâcher la fête — rappellent sournoisement qu'en octobre 2025, Gbagbo disait à qui voulait l'entendre : « J'ai assez donné, je vais me retirer ». Il avait même promis de vivre sa vie tranquille. Mais c'était mal connaître la flexibilité légendaire de la promesse politique en Côte d'Ivoire. Comme le souligne RFI, le parti est à la « croisée des chemins » : entre se réinventer ou continuer à idolâtrer le chef.
Apparemment, le choix a été vite fait : on garde le chef. FratMat note avec une ironie mordante que Nady Bamba, l'épouse, avait déjà vendu la mèche en novembre en disant « Gbagbo ne partira pas ». En gros, tout le monde savait sauf lui ? Ou alors, c'est ce que les analystes appellent le "syndrome du canapé" : on dit qu'on se lève, mais on est tellement bien assis qu'on se rassoit.
La cravache pour les vilains petits canards
Mais attention, si Papa reste, ce n'est pas pour tricoter. C'est pour distribuer des baffes. Car pendant que le patron jouait au faux départ, des petits malins comme Stéphane Kipré ont osé aller aux élections législatives alors que le mot d'ordre était le boycott,. Sacrilège ! 7info nous apprend que le Conseil de discipline a sorti le martinet : Kipré, Blaise Lasme et une vingtaine d'autres sont dans le viseur.
La justification du grand chef est imparable, rapportée par Benin Web TV : « Celui qui n'apprend pas, dans l'opposition, à respecter les règles... ne respectera pas la Constitution au pouvoir ». C'est magnifique ! Leçon de démocratie numéro un : pour apprendre à respecter la liberté des autres, commencez par obéir aveuglément au chef. Si vous gagnez une élection sans la permission de Papa, vous êtes un danger pour la République. C'est la logique Gbagbo : je reste président à vie de mon parti pour vous apprendre à ne pas vous accrocher au pouvoir.
Deux fêtes pour le prix d'une : la rigueur budgétaire
Puisqu'on reste entre nous pour l'éternité, autant faire des économies. Linfodrome et AIP nous informent que le grand Congrès ordinaire — celui qui devait élire un successeur, mais qui va finalement réélire le même — est fixé au 15 mai 2026,. Et comme le PPA-CI a le sens des affaires, ils réfléchissent à coupler ça avec la "Fête de la Renaissance".
C'est brillant ! Pourquoi louer deux fois la salle des fêtes quand on peut faire d'une pierre deux coups ? Pressecotedivoire.ci précise que c'est pour « rationaliser les coûts ». On imagine l'ambiance : le matin on vote pour le chef unique, et l'après-midi on souffle les bougies de la Renaissance. C'est le "Black Friday" de la politique ivoirienne : une réélection achetée, une fête offerte.
L'hôpital qui se moque de la charité
Enfin, pour couronner ce théâtre de l'absurde, le Comité central, tout en suppliant un octogénaire de ne pas lâcher les rênes, a trouvé le temps de critiquer la « gestion familiale du pouvoir » d'Alassane Ouattara. Selon Koaci, ils dénoncent une atteinte à la bonne gouvernance.
Vous avez bien entendu : un parti qui demande à son fondateur de rester à vie, dont l'épouse annonce les décisions avant les communiqués officiels, s'inquiète de la gestion "familiale" et "patrimoniale" du camp d'en face,. Comme le rapporte Bamada.net, Gbagbo est aussi très inquiet pour le cacao et la TVA. C'est sûr, avec lui aux commandes du parti pour l'éternité, le prix du cacao va remonter par pure intimidation charismatique. Allez, à demain, si vous le voulez bien !