Mesdames, messieurs, bonsoir et bienvenue dans ce monde merveilleux où l'inflation ne touche pas que le prix de l'oignon, mais aussi les années de prison ! Comme nous l'apprend la BBC News Afrique, le gouvernement sénégalais a décidé que l'ancien Code pénal, c'était un peu comme un vieux Nokia 3310 : solide, mais pas assez "smart" pour la modernité. Le Conseil des ministres a donc validé le projet de loi qui modifie l'article 319. Avant, être "contre-nature", c'était jusqu'à cinq ans de prison. Maintenant ? Bam ! On double la mise : dix ans ferme. C'est ce qu'on appelle une offre promotionnelle "deux pour le prix d'un", mais sans possibilité de remboursement.
Et attention au porte-monnaie, car si vous pensiez que l'amende de 1,5 million de FCFA était salée, accrochez-vous : la nouvelle loi prévoit de faire grimper la note à 10 millions de FCFA. C'est simple, pour être déviant au Sénégal en 2026, il faudra bientôt faire un prêt à la banque ou être coté en bourse.
Mais pourquoi tant de haine et tant de zèle ? Eh bien, selon Franceinfo, c'est parce que Dakar vit son propre festival de Cannes judiciaire. Depuis début février, c'est la panique chez les VIP. On ne parle plus d'albums ou d'émissions télé, mais de qui a été convoqué à la gendarmerie. Un célèbre animateur télé, un chanteur renommé... la liste des interpellés ressemble au casting d'une émission de variété qui aurait mal tourné.
Le plus drôle – si l'on peut dire, façon humour noir – c'est la méthode d'investigation digne des "Experts : Miami". La gendarmerie a brandi des préservatifs et du lubrifiant comme s'il s'agissait de l'arme du crime, d'après le Parisien. Vous avez du gel intime ? Coupable ! Vous avez des préservatifs ? Suspect ! C'est formidable : on arrête des gens accusés de transmettre le VIH, et on utilise comme preuve... les objets qui servent justement à ne pas le transmettre. La logique est partie en vacances, et elle n'a pas laissé d'adresse.
Attention, le gouvernement ne s'arrête pas aux chambres à coucher, il s'attaque aussi à vos écrans. Comme le rapporte RFI, le ministre de la Culture, Amadou Ba, a sorti les grands ciseaux. La nouvelle loi criminalise "l'apologie" et le financement. En gros, si vous financez une association de santé ou si vous réalisez un film où deux hommes se tiennent la main sans se donner des coups de poing, vous faites de la "propagande",.
C'est la fin de la "philosophie LGBT" au cinéma et à la télé, nous dit-on. Si vous avez un compte Netflix, faites gaffe : regarder une série américaine pourrait bientôt être considéré comme une atteinte à la sûreté de l'État culturel,. Comme le souligne Human Rights Watch, ces termes sont tellement flous que même une ordonnance médicale pourrait passer pour un tract politique. "Bonjour Docteur, c'est pour financer quoi, ces antirétroviraux ? L'apologie du virus ou l'apologie du patient ?"
Pendant ce temps, dans les gradins, l'ambiance est survoltée. L'ONG Jamra, fidèle au poste, a "validé" le projet de loi avec la satisfaction d'un professeur qui voit son élève enfin réussir un examen difficile. Ils citent même Blaise Pascal pour justifier la force de la loi. Pascal n'avait probablement pas prévu de se retrouver mêlé à l'article 319 du Code pénal sénégalais, mais la philosophie mène à tout.
Et puis, il y a le trublion Dame Mbodj, qui s'ennuie ferme sur Facebook. Comme le rapporte Seneweb, il a lancé un avis de recherche pour retrouver Alioune Tine et la société civile. "Allô ? Y'a quelqu'un ?" demande-t-il en substance, se moquant de leur silence assourdissant face à cette "posture courageuse" du gouvernement. C'est le jeu du chat et de la souris, sauf que la souris fait la morte pour ne pas finir en "acte contre-nature".
Mais terminons sur une note d'espoir juridique, rapportée par nos amis juristes dans Le Soleil via Seneweb. C'est la petite blague de la fin : la loi pénale plus sévère n'est pas rétroactive,.
Cela veut dire quoi ? Que toute la "Jet-Set" arrêtée ces dernières semaines, ces animateurs et ces chanteurs qui font la Une, ils vont être jugés avec l'ancien tarif !. Ils échappent aux 10 ans et aux 10 millions. Ils ont, en quelque sorte, profité des "soldes d'hiver" avant la nouvelle collection printemps-été du Code Pénal. C'est ballot pour le gouvernement qui voulait faire un exemple, mais c'est ça, l'État de droit : on ne change pas les règles du jeu une fois que le match a commencé, même si l'arbitre a très envie de mettre des cartons rouges à tout le monde.