Mesdames, messieurs, bonsoir. On ouvre ce journal avec une nouvelle qui va faire passer l'aéroport Charles de Gaulle pour un abribus de campagne. Selon nos confrères hilarants du North Africa Post, l'Éthiopie ne construit pas un aéroport, non, elle construit une civilisation. Le Premier ministre Abiy Ahmed a décidé de poser 12,5 milliards de dollars sur la table pour créer un hub capable d'accueillir 110 millions de passagers par an. Oui, vous avez bien entendu, 110 millions. C'est plus que la population de l'Allemagne, mais entassée dans une zone duty-free à 45 kilomètres d'Addis-Abeba. L'objectif est simple : humilier le reste de la planète d'ici 2030, car l'actuel aéroport de Bole est apparemment devenu trop petit pour l'ego national.
Mais attendez, ce n'est pas juste l'Éthiopie qui s'y met, c'est la fête des voisins à haute altitude ! D'après l'enthousiasme suspect de Travel And Tour World, Ethiopian Airlines a décidé de transformer le transport aérien en une immense colonie de vacances. Ils nous annoncent que Lufthansa, Emirates, Qatar Airways et même Air France vont tous se tenir la main à Bishoftu pour "révolutionner le voyage mondial". C'est magnifique, c'est "We Are The World" version kérosène. L'article nous promet une "révolution de l'infrastructure" qui va transformer le tourisme éthiopien en Disneyland de la Corne de l'Afrique. On nous vend du rêve : des correspondances plus fluides pour aller voir des églises rupestres, parce que rien ne vaut un A380 pour aller faire de la randonnée mystique.
Bien sûr, pour payer cette petite folie, il faut des amis, beaucoup d'amis. Et là, c'est le grand écart géopolitique raconté par The East African. C'est merveilleux : les États-Unis de Donald Trump et la Chine communiste se battent pour savoir qui signera le plus gros chèque. C'est l'auberge espagnole de la finance : l'argent vient du Moyen-Orient, d'Europe, et même de la Banque africaine de développement qui a craqué son PEL avec 500 millions de dollars juste pour l'apéritif. C'est un "cocktail" de puissances rivales, nous dit le journal, qui finance ce projet pharaonique pendant que le pays sort à peine d'une guerre civile et gère une inflation sympathique. Mais chut, regardez les avions, ils sont beaux, surtout les nouveaux Boeing commandés pour l'occasion.
Et parce qu'on ne fait pas les choses à moitié, on a appelé les architectes de Zaha Hadid pour que ça brille. Airport Industry-News et Travel and Leisure Asia sont en extase devant les plans : un "terminal organisé autour d'une colonne vertébrale centrale" inspirée par la Vallée du Grand Rift. C'est poétique, c'est géologique, c'est surtout très pratique pour ne pas perdre sa valise. Le projet prévoit des "bioswales" — ne demandez pas ce que c'est, ça coûte cher — et des zones humides pour récupérer l'eau de pluie, parce qu'on est écolos quand on construit un monstre de béton pour 270 avions. L'idée de génie ? 80 % des gens ne sortiront même pas de l'aéroport. Ils dormiront dans l'hôtel "airside", feront du shopping, et repartiront sans savoir s'ils étaient en Éthiopie ou sur Mars.
Enfin, pour clore ce chapitre de la démesure, Travel And Tour World revient à la charge pour nous dire que l'Éthiopie n'est pas seule dans sa folie des grandeurs. C'est la compétition mondiale du bétonnage de piste. En 2026, l'Éthiopie rejoint le club très sélect des constructeurs de mégaprojets avec le Vietnam, l'Inde et l'Arabie Saoudite. Le Roi Salman en Arabie Saoudite veut 120 millions de passagers ? L'Éthiopie en vise 110. C'est à celui qui aura le plus de Zéros sur son tableau Excel. En résumé, le futur du voyage, c'est de passer sa vie dans des terminaux certifiés LEED Gold en attendant un vol pour une autre aérogare certifiée LEED Gold, le tout financé par la dette mondiale. Formidable, non ?