Mesdames, messieurs, bonsoir. Vous pensiez que l’élection présidentielle en Ouganda était pliée parce que le président Museveni est au pouvoir depuis 1986 ? Eh bien, détrompez-vous, car un séisme politique vient de secouer Kampala, rapporté avec une emotion palpable par le grand reporter Andrew Victor Mawanda Naimanye pour Nilepost News. Figurez-vous que Robert Kasibante, le candidat du très puissant « Parti National des Paysans », est tombé de sa chaise en découvrant qu'il n'avait pas gagné,. Oui, avec ses 0,3 % des voix et sa glorieuse sixième place, il s'est dit « choqué », car ses « retours sur le terrain » étaient pourtant excellents,. C'est incompréhensible, n'est-ce pas ? M. Kasibante, expert autoproclamé en « skilling » (développement des compétences, pour ceux qui ne parlent pas le technocrate), affirme qu'on ne peut pas le comparer aux autres petits candidats, car lui, il est « bien informé ». Il a donc décidé d'attaquer la victoire de Museveni à la Cour Suprême, prouvant que l'espoir fait vivre, même avec 33 440 voix contre 7,9 millions.
Mais attention, l'intrigue s'épaissit grâce aux révélations mystiques relayées par The East African. Notre ami Kasibante ne se plaint pas juste d'avoir perdu, non, il a découvert un tour de magie électoral digne de David Copperfield : l'apparition spontanée de 15 256 bureaux de vote. Pouf ! Comme ça ! Près de 30 % des bureaux de vote n'existaient pas officiellement avant le jour J, mais on y a quand même voté, compté et validé des bulletins avec une ferveur patriotique admirable,. C’est ce qu’on appelle l’efficacité administrative : pourquoi s’embêter à « gazetter » des lieux quand on peut organiser des pique-niques électoraux surprises ? Kasibante, qui a apparemment raté l'invitation à ces fêtes privées, affirme que cela a désavantagé les candidats qui n'avaient pas le don d'ubiquité pour envoyer des agents surveiller le vide.
Face à ces accusations d'une mesquinerie sans nom, le Président Museveni, frais comme un gardon après 40 ans de règne, a réagi via ses avocats de luxe cités par Benjamin Ntalo sur 93.3 KFM. Sa défense est d'une simplicité biblique : « C’est pas moi, j’ai rien fait ». Le Président demande à la Cour de rejeter cette pétition qu'il juge « vague » et sans preuves, assurant que l'élection du 15 janvier était aussi pure que de l'eau de roche. D'après le très sérieux New Vision, Museveni jure qu'il n'a jamais, au grand jamais, utilisé les ressources de l'État pour sa campagne, et que si la police a tapé sur des gens, il n'était pas au courant,. Les hélicoptères de l'armée et les médias d'État ? De simples coïncidences logistiques,. Il affirme même qu'il ne connaît pas personnellement les gens qui auraient pu bourrer les urnes, car après tout, un Président ne peut pas connaître tous ses fans.
Pour finir ce tour d'horizon technologique, PML Daily et son correspondant Henry Jjemba nous apprennent que Kasibante veut maintenant mettre le nez dans les machines. Il exige un « audit forensique » des systèmes biométriques et des serveurs de la Commission Électorale. Apparemment, les machines de vérification biométrique ont eu quelques « pannes » le jour du vote, obligeant les officiels à revenir au bon vieux papier, une méthode réputée pour sa fiabilité absolue en matière de transparence,. Kasibante veut voir les données « backend », comme si on allait lui donner le code Wi-Fi du bunker électoral. La Cour Suprême n'a pas encore fixé de date pour examiner tout ça, probablement parce qu'ils cherchent encore où sont passés les 15 000 bureaux de vote invisibles. Bref, en Ouganda, la démocratie est en marche, mais on ne sait pas encore vers où. A vous les studios !