Bonsoir à tous, bienvenue dans ce monde merveilleux où la fibre optique est considérée comme une arme de destruction massive. Nous partons en Ouganda, ce magnifique pays où la démocratie est tellement stable qu'elle n'a même plus besoin de changer de président. En effet, selon le Monitor, le jeune et fringant Yoweri Museveni, 81 ans au compteur et au pouvoir depuis 1986, vient de remporter un septième mandat, s'assurant ainsi de rester sur le trône jusqu'en 2031, histoire d'atteindre le demi-siècle de règne. C'est beau, l'alternance. Et pour fêter ça, le gouvernement a offert un cadeau inestimable à sa population : le silence numérique total. La Commission des Communications (UCC) a coupé internet deux jours avant le vote pour lutter contre la "désinformation", ou comme on l'appelle dans le métier, "les résultats de l'opposition".
Mais ne croyez pas que couper le web paralyse l'économie, au contraire, cela encourage le sport ! Comme le rapporte la BBC, l'agent de mobile money Mirembe Tracy a vu ses revenus tomber à zéro, car sans internet, l'argent numérique est aussi utile qu'un cendrier sur une moto. Mais le génie ougandais ne s'arrête jamais. Selon le Monitor, les habitants de Busia ont inventé le "VPN pédestre" : ils traversent physiquement la frontière vers le Kenya pour capter du réseau, retirer de l'argent de leurs comptes ougandais via le roaming, et revenir avec du cash. C'est ça la start-up nation : on remplace la 5G par des jambes musclées. C'est "l'Ouganda pour les sages", comme dirait un gérant de cybercafé local qui organise désormais des excursions touristiques vers les distributeurs automatiques kenyans.
Pendant ce temps, à Kampala, c'était le retour forcé vers le Moyen Âge, ou pire, les années 90. Un chroniqueur de New Vision raconte l'horreur absolue : privé de Netflix et de Twitter, il a été obligé... de lire des livres ! Il a dû dépoussiérer un vieux roman sur les guerres napoléoniennes et a découvert, effaré, que sa famille vivait dans la même maison que lui. Une torture psychologique insoutenable. Et pour ceux qui tentaient de résister à cette dictature culturelle en utilisant des VPN, l'ambiance était à la science-fiction. Selon Tom's Guide, le directeur de l'UCC, Nyombi Thembo, a menacé d'attaquer directement les appareils des utilisateurs de VPN, affirmant que ses "antennes sont sorties" pour traquer ceux qui voudraient juste envoyer un WhatsApp. On imagine bien les agents du gouvernement cachés dans les buissons avec des brouilleurs d'ondes pour empêcher un ado de poster sur TikTok.
Heureusement, tout conte de fées a son prince charmant. Ici, c'est le Général Muhoozi Kainerugaba, chef de l'armée et, par le plus pur des hasards, fils du Président. C'est lui qui, dans un twist digne de Game of Thrones, a annoncé la "libération" des réseaux sociaux... sur Twitter (X), la plateforme qui était censée être bloquée. Selon Technext et MBU, le fils a remercié les Ougandais pour leur "patience" et leur "coopération", ce qui en langage diplomatique signifie "merci de ne pas avoir brûlé le pays pendant qu'on recomptait les voix dans le noir". MTN et Airtel ont donc pu rebrancher la prise après avoir perdu environ 7 millions de dollars, une paille pour la démocratie. Tout est bien qui finit bien : internet est revenu, le père est président, le fils est chef des armées, et les Ougandais peuvent enfin retourner sur TikTok pour voir ce qu'ils ont raté pendant leur semaine de détention numérique. À vous les studios !